cookieChoices = {} En-robée: Quand et comment porter une Polonaise ?

samedi 13 juillet 2013

Quand et comment porter une Polonaise ?

Voici la dernière partie de ma petite recherche sur la robe à la Polonaise, pour moi la moins abstraite et la plus pratique dans l'art des costumiers pour ne pas commettre des impairs à l'historicité (tout dépend, bien sûr de son niveau d'exigence, je ne vous force pas à adopter ces préceptes).
Entre 1772 et 1797 la Polonaise est attestée dans la littérature française, j'ai déjà discuté la borne antérieure, je pense que la robe existe bien avant mais son emploi se généralise vraiment plus tardivement comme on va le voir ensuite, pour la borne postérieure j'ai une preuve également de ce que j'avance et je suis vraiment surprise de ce résultat, je n'aurais pas cru qu'elle résisterait à la mode des robes chemise, robes à la grecque (ou psychée) et autres costumes de Merveilleuses...
Nous verrons cela plus tard, intéressons-nous d'abord à l'usage de cette Polonaise au moment où elle est pleinement à la mode. Elle a d'abord un usage galant, on l'avait vu, mais elle a aussi un usage beaucoup plus pratique:
8e cahier 4 e figure

C'est un habit pour les femmes "rotonde", rotondité de nature ou liée à une grossesse: et oui ! avant tout certaines Polonaises permettent de cacher son embonpoint. C'est amusant de trouver des informations contradictoires sur cette robe, tantôt elle permet de révéler une taille fine, tantôt de cacher des formes; et là je réponds à une question que se posait Heileen (en fait j'apporte de l'eau à son moulin avec d'autres hypothèses) à propos du flottement des partie avant du corsage d'une polonaise. Si vous n'avez pas suivi; allez ici; elle se demandait si l'aspect flottant était une liberté artistique mais je pense d'après mes exemples que c'était surtout un choix de la porteuse de robe; si elle voulait souligner sa taille, elle laissait le corsage s'ouvrir beaucoup; d'ailleurs on a un cas ou la robe n'est agrafée que sur le "sein" (comprendre le haut du corsage": 
15e cahier 5e figure


Peut être aussi est-ce la raison des diverses manières de faire les plis comme Heileen l'a montré, on peut, au besoin de la cliente "ouvrir" ou "serrer" la Polonaise autour de la taille, selon l'usage qu'on en veut faire... 
D'ailleurs on retrouve cette hypothèse de la Polonaise comme robe de grossesse dans un autre ouvrage beaucoup plus tardif en 1797 (ouvrage dont je vais beaucoup parler): 

Les modes ou La soirée d'été , poëme en trois chants, avec des notes et des anecdotes particulières à la bonne compagnie
Éditeur : Maret (Paris)
Date d'édition : 1797
Format : 52 p. ; in-12
Droits : domaine public
Source : Bibliothèque nationale de France, département Philosophie, histoire, sciences de l'homme, 8-Z LE SENNE-3849

D'ailleurs dans cet extrait, la polonaise est devenue, sans le moindre doute une robe de grossesse puisque il est conseillé, par ailleurs aux femmes avec des formes "généreuses" de préférer la robe à la grecque (le début de l'anticomanie). 

Deuxième usage (et sans doute le principal) de la polonaise: la tenue de promenade ou de voyage. Rappelez-vous la selle à la polonaise réservée à la chasse ou encore le passage du voyage à Ermenonville où pour se promener en plein air on avait justement choisi une lévite et une polonaise. 
Dans le même ouvrage qu'au-dessus on trouve cet autre usage de la robe:
La polonaise est donc recommandée, comme la robe à la Lisbeth est une robe pour "folâtrer sur l'herbe". 

Toute petite parenthèse Histoire littéraire: Je ne sais à quoi peut ressembler une robe à la Lisbeth mais ce personnage de théâtre eut un succés retentissant; on le retrouve dans 5 ou 6 pièces de théâtre de cette époque. Il provient avant tout d'un drame lyrique (opéra) écrit par sur des paroles de Favière et une musique de Grétry en 1797. Regardez ce qu'en dit l'auteur des modes: 
Eh ben, comme quoi il ne faut jamais juger les oeuvre contemporaines et bien se garder d'énoncer ce qui passera à la postérité ou non... 

Retour à ma Polonaise qui sert à se promener, en voici quelques autres preuves. Dans un excellent ouvrage dont nous connaissons presque tous/toutes les estampes je me suis intéressée aux moments où je trouvais la polonaise et à ce qu'on en disait: 

On porte donc bien la Polonaise comme le casaquain pour se promener le matin, c'est un négligé qu'on porte avec un mantelet et une ample calèche, une manière d'enfiler quelque chose de manière rapide et simple pour sortir de bonne heure, avant de passer des vêtements plus complexes pour déjeuner ou dîner. 
D'ailleurs l'auteur de cet ouvrage, qui a bien pris la précaution au début d'expliquer que son ouvrage ne s'intéressait qu'aux excentriques "petites maîtresses" et non aux ménages "honnêtes et tranquilles"; ceci explique le ton un peu ironique du début où il explique que même pour se promener les "galantes" ne peuvent s'empêcher de faire de la "mode"; la promenade selon lui est le prétexte pour sortir dans cette tenue (ce qui renforce le lien robe-activité supposé). 

Deuxième occurrence de le Polonaise dans le même ouvrage: 


Deuxième information importante: la Polonaise en elle-même est une robe d'été, une robe pour la "belle saison", une "petite robe" qui permet d'être plus à l'aise car moins contrainte pour marcher, s'étendre, se promener, respirer. 

Un peu plus loin sur la même page on trouve : 

Un esprit éclairé et un coeur sensible, ne sont point incompatibles avec les agréments de la nature. Céphile et son amie ne dédaignent point ceux d'une toilette élégante. La chapeau à la Henri IV, et la robe à la Polonaise, sont assez généralement l'uniforme de la campagne. 

Tout est dit, c'est l'uniforme de la campagne pendant la belle saison; voilà le véritable usage de la Polonaise dans les années 1775/1776. En effet l'ouvrage paraît en 1777 mais dans le discours préliminaire les auteurs tiennent absolument à rappeler que les estampes représentent ce qui s'est porté pendant ces deux années précédentes. 


Suite d'estampes pour servir à l'histoire des moeurs et du costume des Français dans le dix-huitième siècle : années 1775-1776. Année 1775
Éditeur : Prault (Paris)
Date d'édition : 1775-1777
Format : 2 t. en 1 vol. ; gr. in-fol.
Droits : domaine public
Source : Bibliothèque nationale de France, département Réserve des livres rares, RES GR FOL-LI7-3


J'en viens à parler de "comment" porter une polonaise; je ne m'intéresserai pas à la robe en elle-même, beaucoup l'ont fait et mieux que je ne le pourrais; j'ai juste heurté sans le faire exprès deux faits intéressants en faisant ma recherche: celle des dessous et celle des coiffures. Je vais essayer de faire court mais efficace car c'est une question fréquente dans les textes que j'ai lus. 

D'abord un petit indice dans le texte cité plus haut (Les Modes de  1797) l'auteur nous parle d'un jupon qui se soulève "à deux doigts d'un maigre casaquin" et c'est ce qui lui permet d'identifier "une provinciale"... la syntaxe est difficile à percer, est-ce le casaquin qui est maigre ou le jupon, ou encore, comme je le crois, le jupon qui est plaqué trop près du corps, qui ne bouffe (gonfle) pas assez ?
Et puis j'ai déniché dans une pièce de théâtre de 1800 ceci:


Contes en vers, chansons et pièces fugitives , par A.-G. Cailly père
Auteur : Cailly, A.-G.
Éditeur : Cordier et Legras (Paris)
Éditeur : Vve Devaux (Paris)
Date d'édition : 1800
Format : 288 p. ; in-16
Droits : domaine public
Source : Bibliothèque nationale de France, département Littérature et art, YE-10348
Relation : http://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb301854204


Ne me demandez pas ce qu'est un hérisson et un chien couchant, je ne sais pas. Par contre le "boufflant" je me rappelle l'avoir déjà croisé dans des descriptions de Polonaises: 
31 cahier 1ere figure


Le bouffant ou boufflant donc est une étoffe rigide qui permet de draper correctement en donnant du volume à une étoffe; je ne sais pas comment traduire cela avec un tissu d'aujourd'hui, sans doute une sorte de crin ou de canevas rigide, ou encore un organza; on en trouve aussi dans les décorations des robes... 

Ce qui m'intéresse dans cette description c'est; encore une fois de tordre le cou à certaines idées reçues qui me déplaisent: 
- d'abord les bouffantes sont portées sous la jupe, je pense à une sorte de jupon gonflant. 
- ensuite AUCUNE mention de CUL, arrêtons de parler de cul de Paris ou d'ailleurs, l'auteur parle de "coussinets" par derrière pour donner de la rotondité à la robe; donc cessons, Mesdames de tenter de mettre des culs ou coussins sous nos jupes pour des polonaises, regardez l'image, la jupe tombe bien droite, je suis persuadée que selon la description; l'auteur insiste bien sur ce qui dessous la jupe et dessous la robe, donc les coussinets étaient sous la robe de dessus, dessous la jupe et non dessous, où ils seraient entrés en contradiction avec les bouffants. 
Alors, afin que ça ne se voit pas, je repense à mes fameux coussinets cousus sous les plis d'open-robe ou anglaises, en croissant de lune (oui c'est MON obsession): 
Ceux de la Polonaises pouvaient, logiquement posséder soit trois lobes pour accompagner les drapés et poser les retroussis exactement sur les nervures ou épouser avec la forme du croissant les trois drapés... 

Enfin dernier point: la coiffure. 
Nombreux sont les auteurs à en parler, et là encore on va tordre le cou à nombre d'idées reçues sur la bonne façon de se coiffer avec ce genre de robes. 

Premier exemple: 
La coiffure doit être "simple", simple pour le XVIIIe, c'est à dire avec un bonnet extrêmement raffiné. 

Beaucoup d'auteurs s'agacent à propos des coiffures; ils apprécient le retour du naturel dans l'habillement des femmes et déplorent encore l'usage de certaine coiffures excessives. Je terminerai avec quelques attaques en règle contre les perruques (j'en ai trouvé beaucoup mais je n'ai gardé que les plus amusantes ou percutantes). Certes on est en 1797 mais ces mêmes critiques se retrouvent aussi dans des textes antérieurs, dont les lettres de l'Iroquois que j'ai déjà utilisé: 
"Surtout ne surchargez de poudre
Ces longs cheveux que Duplan a tissus
Votre beauté ferait honte à Venus, 
Qu'à l'admirer je ne puis me résoudre."     Toujours les Modes de 1797. 

Plus loin (dans les notes de l'ouvrage qui sont très intéressantes): 
Alors cessons d'user d'artifices dévastateurs, chapeau bas tout de même à la dame qui est resté au-dessus d'une bouilloire plus d'une heure !

Un gros remerciement à Cassidy qui avec son travail d'archivage sur blog (et de traduction) des cahier des modes m'a beaucoup facilité la recherche d'exemples: son blog ici. 


Et pour terminer sur une petite note vraiment amusante (je vous recommande chaleureusement ce texte), une petite recette anti-âge à faire soi-même: 


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